France 3 prend un mauvais pli depuis quelques semaines. Un exemple en date d'hier soir, alors que la chaîne diffusait en seconde partie de soirée un documentaire intitulé "Vol 77" qui traitait de cet avion qui a touché le pentagone le 11 septembre 2001.
Deux constats sur ce documentaire :
- le documentaire provient d'une boîte de production intitulée Doc En Stock, connue pour relever de la propagande. Son dirigeant, Daniel Leconte, officie habituellement sur la chaîne Arte où il produit et diffuse des documentaires qui sont de grotesques fabrications.
- le documentaire intitulé "Vol 77" qui aurait donc dû tourner autour de cet aspect des attentats du 11 septembre 2001, est un fourre-tout victimaire qui aborde TOUTE LA JOURNEE du 11 septembre 2001 et pas seulement le vol 77 censé être rentré dans le pentagone, à grands coups d'images de synthèse et de croquis, pour remplacer la rationalité et la démonstration scientifique. Sans surprise, les trois-quarts du document consistent en l'écoute des victimes (parents) le tout sur fond d'une musique dramatique.
Que venait faire France 3 dans cette panade ? Y a-t-il un rédacteur en chef dans cette chaîne ou même un responsable ? On peut se poser la question car il n'est pas possible qu'un documentaire aussi grotesque puisse obtenir l'accord déontologique d'un comité journalistique.
Durant l'intégralité de ce documentaire, je me suis dit que les propos larmoyants qui étaient tenus auraient été les mêmes par exemple après un accident de voiture, lorsqu'on interroge des proches de la famille de celui ou celle qui serait mort dans l'accident, ainsi que les propos tenus par les officiers et autres ambulanciers qui ramassent des membres de corps. De toute évidence il y a là une tromperie sur marchandise, une volonté d'utiliser un scénario victimaire pour aboutir à un objectif, la vraie raison d'être de ce qui est présenté comme un documentaire. On trouve là la "patte" de Daniel Leconte, pris la main dans le sac en 2012 pour un montage grossier sur un documentaire sur la banlieue en France (une des enquêtrices s'était émue dans les médias de ne pas retrouver dans le documentaire monté ce qu'elle avait filmé).
Le documentaire scénarise certaines images chocs pour mieux passer, immédiatement ensuite comme dans une technique publicitaire cherchant à choquer avant d'asséner la marque du produit à vendre, dans la dernière demi-heure, au vrai objectif qu'il souhaite véhiculer, à savoir l'idée de vengeance (la France est un pays chrétien dans lequel le pardon est une valeur fondamentale, cette incitation à la vengeance et donc à la haîne est repréhensible lorsqu'elle est portée au public qui plus est dans une chaîne du service public) et l'idée d'indemnité financière. Saupoudré, sur ce dernier point, d'allusions implicites et explicites à la shoah, l'air de dire qu'il y aurait un moyen de profiter financièrement de cette situation : la commémoration désormais annuelle des attentats du 11 septembre 2001 serait donc le point d'orgue de cette légitimation à la vengeance et à l'indemnification financière.
Voilà un problème auquel vont bien un jour devoir être confronté les journalistes de France 3, s'il en reste un : la prochaine fois que France 3 diffuse en seconde partie de soirée un documentaire, notamment un sur la shoah, comme cela a d'ailleurs déjà été le cas régulièrement depuis quelques années, quel est selon France 3 la part de risque que la shoah soit assimilée à un montage grotesque du type de ce qui a été diffusé là ?
La chaîne est-elle prêt à assumer ce risque ?
On sait pourtant que la chaîne du service publique, lorsque l'occasion lui a été donnée, de défendre la liberté d'expression, la vérité, le savoir, etc., a été très timide en la matière.